
Habitat et canicules : comment concevoir des logements qui restent frais sans climatisation ?
Comment garder un logement frais pendant les canicules à Toulouse ? Solutions architecturales, coûts réels et alternatives à la climatisation, illustrés par trois projets d'Arche Studio.
Les étés toulousains ne ressemblent plus à ceux d'il y a vingt ans. La barre des 40 °C a été franchie en ville, les nuits tropicales se multiplient et les épisodes de canicule s'allongent. Pour beaucoup d'habitants, la question n'est plus « comment chauffer moins cher en hiver ? » mais « comment dormir chez soi en été ? ». Face à cette réalité, le réflexe le plus répandu est d'installer une climatisation. C'est pourtant loin d'être la seule réponse, ni la meilleure dans la plupart des cas. Trois de nos projets, la résidence Vol de Nuit, la résidence Courrier Sud et la réhabilitation des 175 logements étudiants du CROUS boulevard Duportal, montrent qu'un habitat peut rester confortable en pleine canicule grâce à sa conception même.
Le confort d'été se joue d'abord à la conception
Un logement qui surchauffe est presque toujours un logement qui laisse entrer trop de chaleur, puis qui ne sait pas l'évacuer. Toute la stratégie du confort d'été consiste donc à agir dans cet ordre : empêcher la chaleur d'entrer, l'amortir, puis l'évacuer la nuit.
La première ligne de défense, ce sont les protections solaires. Un vitrage exposé au sud ou à l'ouest sans protection se comporte comme un radiateur. Sur la future résidence étudiante du CROUS Duportal, la réhabilitation du bâtiment D de l'ancienne cité administrative de Toulouse, les façades sont traitées de manière bioclimatique : la façade sud possède des brise-soleil béton peints en blanc verticaux et horizontaux qui arrêtent le soleil d'été tout en laissant entrer la lumière, tandis que la façade nord, naturellement épargnée, reste lisse pour capter la lumière diffuse. Volets, casquettes, débords de toiture et végétation jouent le même rôle : le rayonnement doit être stoppé avant la vitre.
La deuxième ligne de défense, c'est l'enveloppe. Une isolation performante ne sert pas qu'en hiver : elle ralentit aussi la pénétration de la chaleur estivale. Le choix des matériaux compte énormément. À la résidence Courrier Sud, immeuble participatif, passif et à énergie positive livré en 2020 dans le quartier de l'Ormeau, l'ossature bois est associée à des isolants biosourcés, dont un isolant en coton recyclé posé par les futurs habitants eux-mêmes lors de chantiers participatifs. Ces matériaux offrent un assez bon déphasage thermique : la chaleur qui traverse la paroi met dix à douze heures à atteindre l'intérieur, c'est-à-dire qu'elle arrive au moment où l'air nocturne permet déjà de l'évacuer.
Troisième ligne de défense : la ventilation. À la résidence Vol de Nuit, première résidence collective certifiée Passivhaus du grand Sud-Ouest, la VMC double flux assure un renouvellement d'air permanent et maîtrisé, et la surventilation nocturne rafraîchit la structure du bâtiment pendant les heures les plus fraîches. Résultat constaté par les habitants depuis dix ans : des températures intérieures qui restent autour de 26 °C au plus fort de l'été, sans climatisation.
Enfin, le confort d'été se joue aussi à l'extérieur du logement. Sur le projet CROUS Duportal, l'espace entre les bâtiments est transformé en « Agora Verte », un jardin traversant qui conserve les arbres remarquables existants et ajoute des plantations adaptées au climat futur. Cet îlot de fraîcheur abaisse la température ressentie autour des bâtiments et rend la ventilation nocturne réellement efficace : on ne rafraîchit pas un logement avec de l'air à 35 °C.
Quels coûts pour un habitat adapté aux canicules ?
C'est la question que tout le monde pose, et la réponse est plus rassurante qu'on ne le croit.
En construction neuve, la plupart des solutions de confort d'été relèvent de l'intelligence de conception plus que du budget : orienter correctement le bâtiment, dimensionner les vitrages, prévoir des débords et des protections solaires, choisir des isolants à fort déphasage. Sur une opération conçue dès l'origine en démarche passive et bas carbone, le surcoût d'investissement par rapport à une construction standard reste contenu, généralement de l'ordre de quelques pour cent (5 à 10%), et il est rapidement compensé par des charges dérisoires : pas de climatisation à acheter, à entretenir ni à alimenter, et un chauffage quasi symbolique en hiver. À Vol de Nuit, les habitants le mesurent chaque année sur leurs factures.
En rénovation, l'ordre de grandeur dépend de l'état initial du bâtiment. Poser des protections solaires extérieures (brise-soleil, volets, stores) représente quelques milliers d'euros par logement. Une isolation performante avec des matériaux à bon déphasage et une ventilation double flux s'inscrivent dans une rénovation énergétique globale, qui bénéficie aujourd'hui d'aides publiques significatives, et qui traite en une seule opération le confort d'hiver et le confort d'été. C'est exactement la logique de la réhabilitation du CROUS Duportal : la transformation d'un immeuble de bureaux de 1967 en 175 logements étudiants vise des gains d'au moins 65 % sur les déperditions et les consommations, avec un niveau Bâtiment Durable Occitanie Argent. Le confort d'été n'y est pas une option ajoutée à la fin, mais un critère de conception au même titre que la performance hivernale.
À l'inverse, la climatisation a un coût souvent sous-estimé : investissement initial, consommation électrique importante pendant les pics de chaleur, entretien, remplacement au bout de douze à quinze ans, sans compter le rejet de chaleur dans la rue qui aggrave l'îlot de chaleur urbain pour tout le quartier.
La climatisation devient-elle incontournable ?
Notre réponse d'architectes, appuyée sur plus de dix ans de retours d'expérience sur nos bâtiments passifs toulousains, est nuancée. La climatisation n'est pas une fatalité, à condition que le bâtiment soit conçu ou rénové pour le climat qui vient. Les épisodes caniculaires longs et répétés sont néanmoins problématiques. La surventilation la nuit peine à faire baisser la température au sein du bâtiment.
Un bâtiment bien protégé du soleil, bien isolé, doté d'une inertie ou d'un déphasage suffisant et d'une stratégie de ventilation nocturne traverse une canicule courte en maintenant des températures intérieures supportables, y compris la nuit. C'est ce que vivent les habitants de Vol de Nuit à chaque été depuis leur livraison, et c'est ce que le CROUS a recherché pour ses futurs résidents étudiants, un public particulièrement exposé puisqu'il occupe de petites surfaces en plein centre-ville.
Il faut néanmoins rester honnête : dans certains cas, un rafraîchissement actif peut se justifier. Un logement existant très contraint, impossible à protéger du soleil ou à ventiler la nuit (bruit, sécurité, mono-orientation), des occupants fragiles (personnes âgées, malades), ou des étés qui continueront de s'intensifier peuvent conduire à installer un système de rafraîchissement d'appoint. Mais même dans ces situations, la hiérarchie reste la même : traiter d'abord l'enveloppe et les protections solaires, puis, seulement si nécessaire, ajouter un système actif qui sera alors petit, peu sollicité et peu coûteux à faire fonctionner. Climatiser un logement mal isolé et sans protections solaires, c'est remplir un seau percé.
Le confort d'été n'est pas une question d'équipement, c'est une question d'architecture. Protections solaires, isolation à fort déphasage, matériaux biosourcés, ventilation nocturne, végétalisation des abords : ces solutions existent, elles sont éprouvées sous le climat toulousain et leur coût est sans commune mesure avec des décennies de factures de climatisation.
Vous vous interrogez sur le confort d'été de votre logement, de votre copropriété ou de votre futur projet ? Arche Studio, cabinet d'architectes à Toulouse, pionnier du bâtiment passif en Occitanie, vous accompagne de l'audit à la livraison. Contactez-nous pour en parler.
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